La trilogie : Dieu, la borlette et Western Union

Elles sont toutes là ; les diverses institutions religieuses et autres sectes ont trouvé un terrain fertile en Haïti. Que ce soient les salésiens, les évangélistes, les méthodistes, les adventistes, ou encore les témoins de Jéhovah, ils attendent leurs âmes, patiemment. Très tôt le matin, nous les voyons marcher la bible à la main, le cœur léger, le ventre vide et les épaules affaissées ; ils vont prier pour des jours meilleurs, pour après. Seule la faim les retient dans le présent.

Banque Patience, banque Apothéose, banque Rapidité : les maisons de loto (« borlette ») sont aussi nombreuses que les églises le long de la route nationale 1, unique voie d’accès au centre du Cap. D’autres types de représentants d’un jour meilleur au pays du dénuement. Enfin, intercalées entre les églises et les borlettes, les multiples succursales de la Western Union, grâce auxquelles la diaspora haïtienne soutient le pays à bout de bras…

Ailleurs… là bas… demain… un jour… peut-être… si Dieu veut…

 

PAIS, ici et maintenant

L’association PAIS, Programme d’Appui à l’Insertion Sociale, cherche depuis 2005 à tracer un autre chemin et à échapper à cette implacable trinité. Né à la veille des élections démocratiques de 2006, PAIS s’inscrit dans une logique de développement durable, se positionnant comme un relais entre les autorités et la société civile. Dans ce sens, PAIS a développé des formations sur le thème de la citoyenneté en concentrant ses efforts dans les localités rurales de Mapou et de Grande Ravine, situées à proximité du CapHaïtien, la seconde ville du pays. Sensibiliser les bénéficiaires sur leurs droits et leurs devoirs de citoyens : un défi de taille dans un pays où les gens se sentent abandonnés par l’Etat, où le dialogue avec les structures politiques est rompu parfois depuis longtemps.

Les diverses expériences menées ont permis à PAIS de devenir un interlocuteur privilégié et un acteur reconnu au sein des communautés. Petit à petit en effet, divers projets permettant de raccrocher le thème de la formation citoyenne à des activités plus concrètes de génération de revenus et de formation professionnelle ont permis une mise en pratique de ces cycles de formation initiaux, ainsi qu’une plus grande implication des bénéficiaires, au vu des conditions de vie si précaires des bénéficiaires.

Aujourd’hui, PAIS souhaite renforcer son rôle en développant ses actions dans les domaines de l’agriculture ainsi que sur le plan sanitaire, en gardant comme base le thème de la formation citoyenne.

 

Des oeufs, des jupes et des gourdes

Un atelier de couture accueille quotidiennement plus de quinze femmes dans le cadre d’une formation sur deux ans. Depuis le séisme, cinq réfugiées de PortauPrince bénéficient également de cet appui. Cette activité fera l’objet d’une prochaine newsletter. Dans les communautés de Mapou et de Grande Ravine, un projet d’élevage de poules a été mis sur pied l’année dernière. Plusieurs difficultés ont obligé l’équipe à stopper momentanément l’activité des poulaillers pour faire le point.

Enfin, plusieurs femmes de la Grande Ravine ont bénéficié d’un projet de microcrédit, leur permettant de lancer de petites activités commerciales pour gagner quelques gourdes pour leurs familles (monnaie nationale).

 

PAIS, nos premiers pas ensemble

Dès nos premières séances avec l’équipe de PAIS, nous avons ressenti une énergie débordante. Durant les premières semaines, nous les avons écouté raconter leurs expériences et leurs idées pour le futur ; en parallèle, nous faisions le constat des ressources si faibles de cette petite organisation…

Petit à petit, nous avons compris qu’en Haïti le concept de « projet » se confond facilement avec le mot « rêve ». Il est si difficile dans la réalité de ce pays d’atteindre un objectif, qu’on ne clarifie pas ce que l’on veut faire ou peutêtre que l’on n’ose pas le clarifier. Dans un quotidien où s’entremêlent si intimement les rêves, l’espoir et la réalité, on se laisse guider par les opportunités sans que cela ne fasse partie d’une réelle stratégie institutionnelle. Nous avons cherché à canaliser un tel foisonnement d’idées en faisant un travail d’analyse participative de l’organisation et une réflexion sur l’avenir, selon un cadre structuré.

Mais parfois, nous nous demandons si nous ne forçons pas la réalité… L’avenir nous dira si le mandat de consultant en développement institutionnel auprès de PAIS trouvera un écho favorable dans ce contexte ardu. Anice, le directeur de PAIS, y croit fermement : c’est ce qui nous a tous convaincus. Eirene et le Mouvement de Coopération Internationale, qui accompagne PAIS depuis ses débuts, ont relevé avec enthousiasme ce défi et ont répondu à cette demande en nous permettant de venir travailler avec eux.

 

Dessine-moi ton organigramme

Dans les premiers ateliers réalisés avec l’équipe exécutive de PAIS, nous avons abordé les thèmes du cycle du projet, de l’organigramme et du budget, par exemple. Avec l’ensemble du comité, nous avons réalisé un atelier d’une journée sur la situation actuelle de PAIS (analyse SEPO ou MOFF pour les initiés !) et sur les grandes lignes du futur (vision et mission de l’organisation). Comme dans toutes les organisations, le thème des ressources humaines et financièresest apparu comme l’une des principales difficultés, et a nécessité beaucoup de temps de réflexion et de partage d’idées.

 

L’Hôpital Justinien

En parallèle avec les activités de PAIS, Joëlle collabore avec l’hôpital d’Etat du Cap Haïtien, afin de se familiariser avec le système de soins local et avec la façon de pratiquer la médecine en Haïti… avec si peu de moyens diagnostiques et thérapeutiques. En effet, PAIS souhaite également mettre en place des projets dans le domaine de la santé et profiter ainsi de la présence d’un médecin dans l’équipe. Pour le moment, il semble un peu tôt pour se déterminer sur la possibilité de tels projets – et pour PAIS, en l’état actuel de sa structure, et pour Joëlle évidemment, qui doit trouver ses marques dans un autre monde de la médecine !

Il est si difficile pour un médecin formé en Europe, même préparé à trouver ce type de réalité, de bouleverser sa logique, de devoir proposer des traitements sans être même sûr du diagnostic, au vu du manque d’examens de laboratoire et d’imagerie – et de choisir les traitements en fonction des médicaments disponibles et des moyens des patients. Joëlle vous a préparé cidessous un petit témoignage et vous racontera plus en détail le quotidien d’un médecin en Haïti prochainement.

 

Grace à votre soutien

Votre générosité nous a permis de réunir près de 17’000 francs sur le compte solidarité Cap Haïtien. Nous avons décidé avec l’équipe de PAIS, Eirene et le MCI, d’affecter une partie de ces fonds à des besoins liés à la situation d’urgence suite au séisme et une autre partie aux projets de développements dessinés par PAIS. Nous avons ainsi pu offrir un soutien immédiat pour l’alimentation et les soins médicaux à une quinzaine de réfugiés de Port au Prince, accueillis chez des membres PAIS.

Un projet d’appui psychosocial pour les réfugiés dans les zones d’actions de PAIS a également vu le jour, avec une première phase : la formation des animateurs de groupes de paroles. Mi avril, nous commencerons à réunir les bénéficiaires (environ 300 personnes) autour des thèmes ayant trait au séisme, et à travailler sur les émotions ressenties. Ce projet est né de la demande des victimes du séisme elles mêmes, appuyé par Anice, qui avait déjà réalisé une activité similaire lors de l’ouragan des Gonaïves. Tout cela fera également l’objet de la prochaine newsletter.

Nous aurions tant de choses à vous raconter ; nous avons choisi ici quelques thèmes en espérant qu’ils puissent déjà vous brosser un premier tableau et vous donner une idée de nos activités. Nous vous laissons donc avec quelques reportages illustrant nos propos. Nous prenons momentanément congé de vous en vous remerciant encore une fois pour votre confiance, pour votre soutien, votre amitié et vos mots d’encouragement. Ça nous fait vraiment du bien !

A tout bientôt,

Joëlle et Mario

  Vous pouvez toujours soutenir les actions de PAIS en faisant un don sur le compte d’EIRENE :

CCP 23-5046-2 Mention Solidarité Cap-Haïtien

 

www.eirenesuisse.ch

 

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