La Terre Indigène Raposa Serra do Sol est enfin protégée

 

 

Une victoire emblématique au Brésil

Même si le décret d’homologation signé par le Président Lula le 15 avril 2005 ne correspond pas à toutes leurs attentes, les Indiens Macuxi, Wapixana, Ingarikó, Taurepang et Patamona ont marqué un point dans la conquête de leurs droits : la Terre Indigène (TI) qu’ils occupent traditionnellement – Raposa Serra do Sol – est enfin démarquée (protégée par l’Etat brésilien). Plusieurs espaces ont été maintenus hors de cette aire : le noyau urbain de la municipalité d’Uiramutã, la zone d’une caserne, les installations et équipements publics, les routes fédérales et de l’Etat du Roraima actuellement existantes et les lignes électriques. Ces “exclusions” constituent un précédent dont il faudra mesurer la portée. Par ailleurs, des membres de la Chambre des Députés ont l’intention de conduire une action visant à l’annulation du décret présidentiel.

Raposa Serra do Sol

La Terre Indigène Raposa Serra do Sol (TIRSS) est située dans l’Etat brésilien du Roraima aux frontières du Venezuela et de la Guyana. Elle a une surface de 17’430 km2. Elle est habitée par environ quinze mille Indiens répartis en un peu plus de cent cinquante villages. C’est une terre de savane. Le point le plus élevé en est le Mont Roraima qui culmine à 2’875m.
Si c’est déjà en 1917 que l’occupation de cette terre par les Indiens Macuxi est reconnue, c’est surtout à partir de 1977 que la Fondation Nationale de l’Indien (FUNAI) a commencé le travail d’identification des limites de cette TI. Un arrêté de 1998 déclarait la TIRSS possession permanente des Peuples indigènes. L’opposition de politiciens, le manque de volonté politique et des recours en justice ont retardé cette démarcation depuis 1999.
Cette démarcation est l’heureux aboutissement d’une lutte menée depuis plus de trente ans par les organisations indigènes, notamment le Conseil Indigène du Roraima (CIR) et leurs alliés. Cette histoire a été marquée par beaucoup d’humiliations, trop de morts et de violences. Il faut rappeler les conflits avec les chercheurs d’or. Une de leurs bases est même devenue le siège de la municipalité de Uiramutã où une caserne a été construite. Des “fazendeiros” ont développé des exploitations agricoles sur une terre qui ne leur appartenait pas. Ces derniers devront quitter les lieux dans le délai d’un an. L’Etat brésilien a prévu leur réinstallation à l’extérieur de l’aire indigène

La violence

  • En février 2002, l’organisation indigène la plus représentative de la région, le CIR, a publié la liste des violences commises à l’encontre de la population indigène de la TIRSS.
  • Entre 1981 et 1999, il a relevé 20 homicides, 21 tentatives d’homicides, 54 menaces de mort, 51 agressions physiques, 80 maisons détruites, 71 arrestations illégales. Le dernier homicide signalé est celui d’un Indien Macuxi en janvier 2003.
  • En 2004, des actes de violence et d’intimidation ont encore été commis par les opposants à la démarcation (surtout des riziculteurs).
  • Dans la semaine du 6 janvier, trois religieux de l’Ordre de la Consolata de la mission de Surumu ont été séquestrés pendant deux jours. Des barrages ont été dressés sur les routes d’accès à Boa-Vista, la capitale de l’Etat. Les sièges régionaux de l’Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire (INCRA) et de la FUNAI ont été occupés
  • Le 23 novembre, près d’une quarantaine de maisons ont été détruites dans plusieurs villages et hameaux laissant 130 personnes sans abri. Un Indien a été blessé par balles. A l’annonce de la signature de l’acte d’homologation par le Président Lula, des manifestations d’opposition ont eu lieu dans plusieurs lieux de l’Etat du Roraima dont la prise en otage de quatre membres de la Police Fédérale. Des leaders indigènes, des indigénistes et des organisations favorables aux Indiens ont reçu des menaces. Compte tenu des tensions observées dans l’Etat du Roraima, les festivités devant marquer la “Semaine de l’Indien” de cette fin avril ont été annulées

La démarcation, une protection relative

  • La démarcation d’une Terre Indigène (TI) est une longue procédure administrative au terme de laquelle l’aire est délimitée et à l’intérieur de laquelle s’appliquent tous les droits définis par la Constitution brésilienne de 1988 : l’organisation sociale des Indiens, leurs coutumes, langues et traditions, mais aussi les activités productives nécessaires à leur bien être. Les constituants de 1988 avaient fixé un délai de cinq ans, soit jusqu’en octobre 1993, pour protéger toutes les Terres Indigènes du pays. Plus de dix ans après l’échéance constitutionnelle, il reste encore beaucoup de Terres à protéger au Brésil.
  • La démarcation ne signifie nullement que tous les problèmes soient résolus. Les leaders indigènes ont toujours souligné l’importance de disposer de postes de santé, d’écoles indigènes et de ressources suffisantes pour assurer une existence digne aux communautés. A n’en pas douter, les organisations indigènes vont poursuivre leur engagement pour améliorer les conditions d’existence des Peuples de Raposa Serra do Sol.

Raposa Serra do Sol et le MCI

Le Mouvement pour la Coopération Internationale (MCI) a soutenu la démarcation des Terres Indigènes du Brésil en organisant :

  • En 1992 – 1993 déjà, une campagne internationale de signatures pour demander au gouvernement brésilien d’appliquer la Constitution en faveur des droits des Indigènes. En octobre 1998, deux membres du MCI sont allés rendre visite au CIR et ils ont visité une partie de la TIRSS.
  • En mars 2003, lors d’une entrevue collective qui a eu lieu à la Mission du Brésil à Genève avec le Secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme du Gouvernement Lula, Monsieur Nilmário Miranda, un représentant du MCI a demandé l’homologation de Raposa Serra do Sol.
  • En juin 2003 et janvier 2004, le MCI a envoyé un courrier au Président Lula et au ministère de la Justice pour demander la démarcation en aire continue de la TIRSS.
  • Le 2 décembre 2004, des membres du MCI et du DOCIP (une ONG genevoise) ont rencontré le président de la FUNAI, Monsieur Mércio Gomes, pour lui remettre la “Lettre ouverte” publiée par le CIR suite aux violences commises quelques jours auparavant. Ce document, traduit en français et en anglais, a également été distribué aux délégués des Peuples indigènes réunis à Genève pour une session du Groupe de Travail sur le projet de Déclaration des Nations Unies sur les droits des Peuples autochtones. Le représentant du MCI a encore rappelé au président de la FUNAI l’importance d’appliquer les dispositions prévues par la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail qui protège les Peuples autochtones. La Convention a été ratifiée par le Brésil en avril 2004.

Le MCI se réjouit de cet acte du Gouvernement brésilien pour une meilleure reconnaissance des droits légitimes de ces Peuples. Cependant, il reste beaucoup à faire pour que les engagements pris lors de la campagne électorale du candidat Lula à l’égard des Peuples indigènes du Brésil soient réalisés. D’autre part, ces dernières années, on peut constater la montée en force des intérêts anti-indigènes dans ce Brésil qui affirme encore sa volonté d’être une société plurielle. L’Amazonie excite l’appétit d’individus et de groupes à la recherche de gains immédiats prêts à sacrifier les richesses d’un écosystème dont on n’a pas encore mesuré toute l’importance.

Pour le MCI : Bernard Comoli

 

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